đ«§ Elle m'inspire !
Opéra,"el duende" et Michel Sardou qui chante du heavy metal
Hier soir, jâai Ă©coutĂ© Popcast, le podcast musical du New York Times1.
Pendant plus dâune heure RosalĂa - autrice, compositrice, musicienne, actriceâŠartiste totale quoi - partage son processus crĂ©atif.
đ Dans la suite de cette newsletter, je te partage les 5 choses que jâai apprises et qui mâont inspirĂ©es dans cette interview.
Si tu es nouveau ou nouvelle ici, bienvenue. Je mâappelle MĂ©lissa, et chaque lundi (ok, parfois je suis en retard), jâouvre ma bulle - entre roman, carnets et intelligence collective - pour te raconter le chemin vers une vie oĂč je peux crĂ©er librement, travailler avec sens et vivre Ă mon rythme.
đđŒ Pour aller plus loin, tu peux lire :
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đČ Le choc
Si tu ne connais pas R O S A L Ă A , câest une chanteuse espagnole qui mĂȘle flamenco, reggaeton et pop expĂ©rimentale.
Mais sa nouvelle chanson, Berghain, nâa rien Ă voir avec ce quâelle a dĂ©jĂ fait.
Elle passe du reggaeton Ă lâopĂ©ra.
Câest un peu comme si Michel Sardou passait soudain de la variĂ©tĂ© française au heavy metal.
Un choc, oui !
Mais un choc magnifique (pour RosalĂa, pas Michel Sardou, hein).
Dans son nouvel album qui sort ce vendredi 7 novembre, elle chante en treize langues - espagnol, anglais, ukrainien, allemand, latin (?!).
Et sans aide de lâIA, je prĂ©cise.
Un grand écart magistral. Et ça sonne juste.
Quâon aime ou pas sa musique, RosalĂa incarne pour moi une chose rare : le mouvement perpĂ©tuel.
Elle ne se répÚte jamais.
Elle ose changer, quitte à perdre ceux qui la suivent depuis ses débuts.
Et câest exactement pour ça quâelle mâinspire et que je tâen parle cette semaine.
đïž Ce que jâai retenu (et appris) de son interview
De cette conversation de 1h30, jâai gardĂ© cinq choses :
CrĂ©er, câest chercher.
Chaque Ćuvre est un research process, un terrain dâexploration plutĂŽt quâune dĂ©monstration. Lâartiste ne crĂ©e pas pour âexprimerâ quelque chose, mais pour dĂ©couvrir ce quâelle ressent. CrĂ©er non pas pour affirmer, mais pour questionner.Lâamour et la curiositĂ© comme moteurs.
âLove and curiosityâ, dit-elle, comme deux forces jumelles.
Lâamour de ce quâon fait, mais surtout la curiositĂ© de ce quâon ignore encore. CrĂ©er, câest aimer assez pour plonger dans quelque chose dâinconnu et ĂȘtre assez curieux pour accepter de sây perdre.ThĂ©orie de la fiction-panier ou basket theory2 de Ursula K. Le Guin.
Câest une maniĂšre de penser la narration autrement quâelle a choisi pour Ă©crire cet album. PlutĂŽt que de suivre une histoire linĂ©aire (le âvoyage du hĂ©rosâ3 solitaire qui part en quĂȘte, affronte les obstacles et revient transformĂ©), elle prĂ©fĂšre mettre en lumiĂšre une structure fragmentĂ©e, des voix multiples, diffĂ©rents des points de vue et temporalitĂ©s. Chaque fragment devenant un morceau du panier, une piĂšce dâun ensemble plus vaste.
Une nouvelle définition de la liberté.
Ătre libre, ce nâest pas seulement pouvoir tout faire ou tout dire. Ătre libre, câest aussi savoir arrĂȘter. Renoncer Ă ce quâon maĂźtrise dĂ©jĂ pour oser redevenir dĂ©butant. Une forme de libertĂ© plus exigeante, mais la seule qui entretienne vraiment la crĂ©ativitĂ©. Dans son cas, elle aura pu se cantonner Ă encore crĂ©er de la musique aux sonoritĂ©s latines, sur lesquelles on peut danser en soirĂ©e, similaires Ă celles qui lâont rendue cĂ©lĂšbres. Or, lĂ , câest plutĂŽt âambiance violons dĂ©chaĂźnĂ©sâ de lâorchestre symphonique de Londres.Le concept du duende.
Ce moment oĂč quelque chose de plus grand que toi prend le relais. Câest le poĂšte andalou Federico GarcĂa Lorca4 qui propose ce terme sans jamais en donner une dĂ©finition exacte.Le âduendeâ câest le âpouvoir mystĂ©rieux que chacun ressent et quâaucun philosophe ne peut expliquer.
Ce moment oĂč lâartiste est traversĂ© par quelque chose, dĂ©passe ses limites, entre dans une forme de grĂące, de transe, dâabandon.
âš âTener duendeâ
Je ne connaissais pas le concept de tener duende5 ou avoir du duende.
Depuis que jâĂ©cris, je crois que je le cherche sans vraiment le nommer.
Ce moment oĂč les mots ne viennent plus de moi, mais passent Ă travers moi.
OĂč je relis une phrase que jâai Ă©crite sans savoir dâoĂč elle est venue.
Tu as peut-ĂȘtre dĂ©jĂ entendu le concept de flow 6. Le flow, câest cet Ă©tat maximal de concentration, un moment oĂč tout devient fluide, facile, logique car on est pleinement absorbĂ© par ce quâon est en train de crĂ©er.
Le duende, lui, est plus sauvage.
Il échappe. Il traverse. Il bouleverse.
Quand jâĂ©cris, jâen ai parfois lâimpression dâavoir ces Ă©clats minuscules, furtifs. Ces instants oĂč je sens que je touche Ă quelque chose de plus grand que mon intention.
Quelque chose dâincontrĂŽlable et, justement, de vivant.
Et câest ça, je crois, que je poursuis Ă chaque fois que je mâassois devant une page blanche.
Pas la performance. Pas la productivité.
Mais ce frisson, cette étincelle.
El duende.
Ă lundi prochain,
đ«§ MĂ©lissa đ«§
Le concept de fiction-panier est développé par Ursula K. Le Guin, écrivaine américaine de science-fiction. Il propose une autre forme de narration à rebours des storytelling dominant qui glorifie un héros unique.
Le voyage du hĂ©ros(Heroâs journey) ou monomythe, est un concept Ă©tabli par Joseph Campbell et dĂ©crit dans son livre Le HĂ©ros aux mille et un visages en 1949[1]. Câest une base, considĂ©rĂ©e comme Ă©tant un classique dans la crĂ©ation littĂ©raire.
Jeu et théorie du duende, France culture




Merci ! des conseils Ă nous partager pour atteindre cet Ă©tat de DUENDE dont tu parles et qui me parle ?! Moi, je crois que le numĂ©ro un pour moi des conseils c'est le sommeil et le travail d'ĂȘtre dans l'instant prĂ©sent, tout un programme Ă mettre en Ćuvre dans mon quotidien chargĂ©...